the Artist : muet comme une carpe, bavard comme une pie

Ca y est ! Certains d’entre vous l’ont déjà vu, et pour les autres ce ne sera sans doute plus qu’une question de temps. The Artist, ou le film très attendu de l’automne, sorti mercredi dernier et affichant des salles blindées même par week-end de temps radieux. D’ores et déjà un « carton », sans mauvais jeu de mots. C’était prévisible, avec l’une des plus sympathiques et pas moins talentueuses bouilles du cinéma français, se dandinant en noir&blanc et en muet.. L’annonce avait en effet généré pas mal de bruit après la parution de ses premières images au festival de Cannes et, plusieurs longs mois après, le rideau s’ouvre enfin.

Alors, que dire ? Beaucoup de choses. Michel Hazanavicius nous narre ici l’histoire d’une icône Hollywoodienne des années 20, et de sa chute vertigineuse au passage du cinéma parlant. Incarné, on l’aura deviné, à la perfection sous les traits d’un Jean Dujardin au sommet de sa carrière, the Artist gagne d’autant plus d’ampleur qu’il entretient tout au long du film, implicitement, un ambigu parallélisme entre le rôle et l’homme. Donnant la réplique (enfin, non, pas dans ce cas précis…bref oui, si, vous avez compris !) à la très convaincante Bérénice Béjo, les deux acteurs qui avaient auparavant composé un excellent duo dans le premier opus d’OSS 117, se retrouvent ici pour une love story tragicomique haute en couleurs (enfin, non, noir&blanc…bon, allez, faites un petit effort hein !).

Il est important de dire aux sceptiques que le film ne se cantonne aucunement à son caractère « expérimental ». En effet, au-delà de la curiosité que suscite un long-métrage muet et noir&blanc en 2011, the Artist nous expose une réelle sensibilité à travers un authentique scénario d’époque, sous la forme de biopic fictif. Georges Valentin, vedette exubérante assise sur son succès dans le muet, croise par hasard la charmante Peppy Miller que rien ne destinait à être plus qu’une groupie. Mais alors que le règne du muet touche à sa fin, l’apparition du cinéma parlant redistribue les cartes et renverse les rôles ; un schéma propre à la comédie mais qui flirte aussi beaucoup avec le drame. Ainsi commence la lente déchéance d’un homme bouffi par l’orgueil, ruiné puis oublié.

Comme toujours ou presque dans le cas des films sur le cinéma, les subversions formelles sont au rendez-vous et servent un propos ingénieux. Ici, le film propose un panel de surprises et de trouvailles qui marqueront sans doute les esprits. Avec un couple parfaitement à l’aise dans leur queue-de-pie et autres escarpins à claquettes, la dualité entre l’homme et le rôle, et les aléas ironiques de l’histoire, the Artist est quasi irréprochable et communique une intense jouissance dont on devine qu’elle est largement partagée des acteurs et techniciens eux-mêmes. Recyclez vos larmes de tristesse pour des larmes de joie, car l’histoire vacille sans cesse de l’un à l’autre, tout en restant d’une grande cohérence, et le rire (ou sourire) ne retire rien à la portée de l’émotion.

A ne pas se méprendre, la vraie prouesse n’était pas de faire un film noir&blanc avec des cartons pour seuls dialogues, le tout en 2011, non ; mais bien d’avoir su remplir les salles avec cet OVNI dans le paysage cinématographique. Par-dessus tout, the Artist nous rappelle avec génie qu’il est toujours possible de faire un grand film à notre époque, non pas en se restreignant aux codes rétro mais bien en épurant les effets, en se concentrant sur le style, et en réapprenant à penser et consommer l’art. Des prestations d’acteurs bluffantes, un charme revenu du passé aussi surnaturel qu’inattendu, bref une expérience marquante. Une leçon que l’on pourrait appliquer à bien d’autres domaines, sans pour autant être réac’. Alors, chapeau l’artiste !

Avis : ♠♠♠♠♠

(quinte de spades d’or)

Mention : magistral

4 réponses à to “the Artist : muet comme une carpe, bavard comme une pie”

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